Cinéma

« À l’origine » de Xavier Giannoli

À l’origine, un fait divers. L’histoire assez incroyable d’un escroc qui se fait passer pour un chef de chantier et construit une autoroute au milieu d’un champ. Quand il découvre ce fait divers un jour en feuillant par hasard le journal, Xavier Giannoli s’en amuse autant qu’il s’en intrigue. Comment un homme est-il parvenu à berner toute une région et l’emporter avec lui dans son aventure ? Le réalisateur du film se dit qu’il y a là matière à en faire un long-métrage. Car au-delà de l’anecdote, il s’agit bien de s’intéresser à cette histoire avant tout sociale et humaine.

 À l’écran, François Cluzet alias Philippe Miller, ce vrai-faux escroc, Emmanuelle Devos, maire d’une des petites communes impliquées dans la construction de l’autoroute, le couple Monika et Nicolas, incarné par la chanteuse et actrice franco-polonaise Stéphanie Sokolinski et Vincent Rottiers que l’on a récemment vu dans  Je suis heureux que ma mère soit vivante, interprètent les personnages clés de ce fait divers. Quand il débarque sur le chantier délaissé depuis deux années par la société qu’il prétend représenter, la première intention de Philippe est de continuer à arnaquer le monde qui l’entoure pour s’en sortir. Quelques jours passés en compagnie de ces personnes écorchées par des conditions de vie difficiles suffiront pourtant à bouleverser les intentions de cet escroc solitaire. Parce qu’ils attendent beaucoup de lui et lui vouent une confiance absolue, Philippe se sent revivre. Pour la première fois depuis longtemps, il semble se passer quelque chose dans la vie de cet homme qu’il maîtrise par ce nouveau statut de patron-entrepreneur. A travers ce chantier, il cherche une reconnaissance sociale par le travail, symptomatique de notre société d’aujourd’hui. Son acharnement à vouloir terminer ce tronçon d’autoroute par tous les temps et malgré les péripéties est signe d’une existence retrouvée même si elle reste fragile et incertaine, à l’image de son parcours de vie.

Xavier Giannoli n’a pas cherché pas à reconstituer les faits fidèlement à ceux qu’ils ont été. L’entreprise aurait été beaucoup trop risquée. Le film s’intéresse davantage à décortiquer les tréfonds des relations humaines et des sentiments qui en découlent. À tel point que le long-métrage en devient une satire sociale de notre époque et s’interroge sur les dysfonctionnements de notre société. À l’origine une escroquerie, à l’arrivée une aventure certes romanesque mais ô combien humaine.

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