Cinéma

« Abel », un film de Diego Luna

À Aguascalientes, une ville située en plein cœur du Mexique, vit Abel (Christopher Ruiz-Esparza) un petit garçon âgé de neuf ans. Depuis que son père a quitté le foyer familial pour franchir la frontière et partir travailler aux Etats-Unis, Abel souffre de son absence. Placé dans une clinique psychiatrique, l’enfant refuse de parler et s’enferme progressivement dans un mutisme profond jusqu’au jour où, une fois rentré à la maison, le jeune garçon retrouve la parole et décide de se prendre pour le père de famille. Soutenus par le médecin psychiatre, sa mère Cecilia (Karina Gidi) et ses deux autres enfants jouent le jeu d’Abel pour ne pas le perturber. Devant les progrès du petit garçon, personne ne conteste cette situation inédite, chacun faisant de son mieux pour qu’Abel puisse retrouver un équilibre psychologique. En vain, car un jour le père fait son retour à la maison.

Pour son troisième passage derrière la caméra après Soldados de Salamina en 2003 et Revolución en 2010, Diego Luna a choisi de s’attaquer à un sujet sensible et difficile à traiter au cinéma, celui de l’absence et de ses conséquences psychologiques sur un individu, d’autant plus quand ce dernier est un enfant. Le célèbre acteur mexicain parvient à tirer son épingle du jeu en nous plongeant, dès les premières images du film, dans une atmosphère onirique et poétique. L’image est soignée, les plans sont précis. L’atmosphère y est singulière. La musique, signée Julieta Venega, autre célébrité au Mexique, participe à l’originalité du long-métrage.

Voir un petit garçon de neuf ans prendre le rôle du chef de famille alors qu’il souffre de problèmes psychologiques donne des situations aussi bien comiques que dramatiques que le réalisateur mexicain a su maitriser pour trouver à chaque instant le juste équilibre. Abel est un film sensible à la fois émouvant et troublant parce qu’il interroge le spectateur sur le traumatisme provoqué par l’absence d’un parent et met la lumière sur un problème de société récurrent en Amérique centrale où des mères de famille se retrouvent souvent seules face à leur responsabilité parentale car leurs maris sont partis chercher du travail aux Etats-Unis. Illustration parfaite du complexe d’Œdipe, Abel est une vraie réussite cinématographique.

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