Jessica Hausner est une réalisatrice qui ne manque pas d’humour quand il s’agit de parler de ses films. A propos de son dernier long-métrage, elle s’amuse à nous rappeler qu’Amour fou est avant tout une « comédie romantique », ce qui est exactement le cas à condition de bien séparer les deux termes et de les distinguer des films que l’on attribue généralement à cette catégorie cinématographique.

Ici pas de longs baisers langoureux échangés au coin d’une rue, ni de dîners aux chandelles en tête à tête, exit le sentimentalisme d’un Coup de foudre à Nothing Hill, Amour fou lui ne regorge que de vrai romantisme (dans sa définition la plus stricte du terme), partout et tout le temps. Dans la bouche de ses personnages quand il s’agit d’écouter une sonate en petit comité après un dîner et que l’une des invitées s’exclame alors d’un tragique « c’est beau à en mourir », ou au moment de prendre le thé au cours d’une des nombreuses conversations qui rythment le film à l’image de Christian Friedel incarnant avec brio le jeune poète allemand Heinrich von Kleist, un être aussi narcissique qu’égoïste qui cherche à convaincre ses cousines de mourir avec lui et dont Jessica Hausner adapte librement ici son suicide avec Henriette Vogel (Birte Schnoeink).

Du romantisme, on en trouve également dans la manière dont le film est réalisé. Chaque scène est en soi un véritable tableau où la photographie est si soignée qu’elle nous donnerait presque envie d’arrêter le film à chaque instant pour en apprécier sa beauté. Des costumes aux tapisseries en passant par les brèves scènes extérieures, tout est parfaitement étudié et calibré si bien que même le chien semble s’être vêtu de son plus bel apparat. A travers ces décors et cette mise en scène, Hausner est parvenue ainsi à recréer une atmosphère singulière et une ambiance propice à l’exploration des états d’âme de ces personnages.

Mais que le spectateur ne s’y trompe pas, il ne s’agit en rien pour la réalisatrice autrichienne de faire l’éloge de la noblesse berlinoise du XVIIIème siècle. A l’instar de ses précédents films notamment Hotel (2004) et Lourdes (2011), Jessica Hausner filme avec précision, d’une manière froide et désincarnée, presque clinique les acteurs de cette noblesse engoncés dans leurs corsets et leurs hauts-de-forme pour mieux se gausser de cette classe sociale dont l’apathie semble être devenu le seul moteur qui perpétue et anime les règles et les normes de société. C’est là que le long-métrage de Hausner prend toute sa dimension comique qui ne se trouve évidemment pas dans l’éclat de rire mais plutôt à travers un humour pince-sans-rire, austère et sarcastique que l’on retrouve souvent dans la filmographie de Michael Haneke dont elle fut d’ailleurs l’élève et la première assistante sur le tournage de Funny Games.

Le comique et le romantisme sont enfin réunis quand il s’agit de parler de cette histoire tragique où un double suicide révèle finalement la nature intrinsèque de nos amours, celle de la solitude et de notre peur de mourir.

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