Cinéma

« Boyhood », un film de Richard Linklater

Récompensé de l’Ours d’argent du Meilleur réalisateur lors de la 64ème édition de la Berlinale au mois de février dernier, le film de Richard Linklater était déjà une prouesse cinématographique d’un point de vue technique avant même sa sortie dans les salles obscures. Un projet ambitieux, celui de filmer chaque année pendant douze ans l’enfance d’un jeune garçon (Ellar Coltrane) âgé de six ans jusqu’à sa majorité et son entrée à l’université.

Une entreprise difficile où il s’agit de défier le temps, gérer les imprévus, les acteurs et les équipes techniques au fil des années tout en contrôlant son scénario et en affrontant les problèmes qui sont la conséquence d’une matière que l’on ne maîtrise nullement.

Il en ressort de cette expérience singulière un résultat cinématographiquement inégal mais sociologiquement riche et intéressant. Car malgré un scénario relativement plat et quelques personnages un peu caricaturaux à l’instar de ce père de famille alcoolique et violent ou ces grands-parents ultra-conservateurs, Boyhood parvient à dessiner pendant presque trois heures les contours d’une époque, à en saisir ses spécificités et capturer quelques unes de ses particularités : face à des problématiques universelles dont chacun sera confronté au cours de son enfance et son existence, le film de Richard Linkater montre aussi l’état de notre société contemporaine, l’évolution de nos mœurs et mentalités à travers certains événements comme les attentats du 11 septembre en 2001 ou l’élection de Barack Obama en 2008 mais aussi nos façons de vivre avec l’arrivée des nouvelles technologies dans notre quotidien (les réseaux sociaux, les smartphones) ; l’évolution de la condition féminine et de la figure maternelle à travers le personnage poignant de Olivia (remarquablement interprétée par Patricia Arquette) ou encore la manière dont se font et se défont les couples aujourd’hui.

C’est cette captation des années 90 – 2000 sans aucun jugement sur cette époque qui fait la force et la réussite de ce film que l’on pourrait regarder davantage comme un documentaire plutôt qu’un long-métrage.

Partager la chronique

Laisser un commentaire