Cinéma

« Call Me by Your Name », un film de Luca Guadagnino

Adapté du roman éponyme d’André Aciman, Call Me by Your Name est le dernier long-métrage de Luca Guadagnino qui vient clore une trilogie sur le thème du désir après Amore en 2010 et Bigger Splash cinq ans plus tard.

Dans ce troisième volet, le spectateur est plongé au cœur de la sublime Lombardie, région située au nord de l’Italie, pour suivre l’histoire d’un premier amour, celui du jeune Elio Perlman, âgé de dix-sept ans et incarné à l’écran par le sémillant Thimothée Chalamet. Nous sommes en 1983 au début de l’été, le père d’Elio, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, invite comme chaque année un étudiant étranger à passer six semaines dans la villa familiale. Lorsque Oliver (Armie Hammer), un séduisant américain qui prépare un doctorat, débarque chez les Perlman, la vie du jeune Elio est bouleversée. Lui qui avait pour habitude de passer ses étés à lire, flâner et jouer au piano de la musique classique découvre avec Oliver les premiers émois amoureux.

Oscar du Meilleur scénario adapté lors de la dernière cérémonie, Call Me by Your Name est une véritable petite pépite cinématographique, une parenthèse rêvée et enchantée dans laquelle on souhaite s’enfermer à jamais car tout y est sublimé.

Il y a d’abord le lieu dans lequel évolue les personnages du film. Une somptueuse villa, immense bâtisse bourgeoise du XVIIe siècle, sobrement aménagée, agrémentée de meubles anciens et d’illustres tableaux, entretenue par du personnel de maison. La villa dispose d’une piscine, d’un terrain de jeu et d’un jardin où l’on y cultive des abricots. Vient ensuite le cadre, la Lombardie et ses paysages magnifiques où l’on déambule en vélo et se rafraîchit au bord d’un lac.

Dans ce décor idyllique et paisible, digne d’une jolie carte postale de vacances, il faut y ajouter les parents du jeune Elio. Amira Casar forme à l’écran avec Michael Stuhlbarg un couple parfait d’intellectuels polyglottes, à la fois tolérants, bienveillants et ouverts sur le monde. La tirade du père à la fin du film est une leçon de vie et d’éducation que l’on aimerait recevoir et donner aux autres. Aucune fausse note ne vient troubler la belle harmonie créé et voulue par Luca Guadagnino : « Call Me by Your Name ne doit pas être perçu comme une œuvre hyper-intellectualisée, mais comme une histoire d’amour attendrissante et exaltante. C’est une boîte de chocolats dans laquelle on pioche avec gourmandise » précise le réalisateur italien.

Cette gourmandise on l’apprécie davantage grâce à la bande originale qui, comme la photographie, a été particulièrement soignée. Outre les chansons de Psychedelic Furs (Love My Way) ou F.R.David (Words) qui replongent avec nostalgie le spectateur au cœur des années 80, la musique joue un rôle essentiel tout au long du film : elle vient parfaire le tableau qui nous est présenté, elle est signée par l’auteur-compositeur-interprète américain Sufjan Stevens avec notamment ce titre des plus envoûtants : Mystery of Love.

Enfin, il y a l’histoire, celle d’un premier amour, idéalisé et fantasmé comme toute cette atmosphère qui encadre le film. Un amour entre deux garçons mais où chacun pourra s’y reconnaître parce que le propos est universel. Luca Guadagnino installe avec lenteur les pièces de sa composition qui vont se révéler au fur et à mesure pour faire naître une profonde empathie chez le spectateur, comme si à travers le personnage d’Elio nous revivions notre propre histoire.

En voyant Call Me by Your Name, on se rappelle la citation du critique français André Bazin lorsqu’il affirmait que « le cinéma substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs » . On se dit alors que ce long-métrage en est la parfaite illustration.

Partager la chronique

Laisser un commentaire