Cinéma

« Les Deux amis », le premier long-métrage de Louis Garrel

« On voit qu’un ami est sûr quand notre situation ne l’est pas » disait à juste titre Cicéron à propos de ce vaste sujet qu’est l’amitié. Au cinéma, nombre de films ont déjà tenté d’éluder la question en abordant ce sentiment sous le prisme de la comédie forcée avec plus ou moins (souvent moins, avouons-le) de succès, comme si l’amitié ne pouvait se résumer qu’à une bonne partie de franche rigolade entre potes. C’était évidemment sans compter sur l’approche singulière de Louis Garrel.

Garrel que l’on connaissait jusqu’à présent en tant qu’acteur, nous le découvrons aujourd’hui en tant que réalisateur d’un premier long-métrage après trois expériences de court où l’amitié a été le fil d’Ariane. On se souvient de Mes copains en 2008, Petit Tailleur en 2010 et La Règle de trois, un an plus tard, prémisse des Deux amis. Autant dire que l’amitié c’est du sérieux chez Louis Garrel !

Pour passer du court au premier long, le fils du célèbre réalisateur français s’est inspiré d’une pièce d’Alfred de Musset – Les Caprices de Marianne – qu’il a joué à quinze ans. Présenté pendant la Semaine de la critique lors du Festival de Cannes en 2015 et co-écrit avec le réalisateur Christophe HonoréLes Deux amis raconte l’histoire de Clément (Vincent Macaigne), trentenaire lunatique, un brin désespéré mais éperdument amoureux de Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la Gare du Nord à Paris, en liberté conditionnelle et qu’il ne parvient pas à séduire. Clément demande alors de l’aide à son ami Abel (Louis Garrel), poète transi tout aussi malheureux, pour le sortir de cette situation complexe. Mais ce dernier se retrouve pris au piège de ses propres sentiments envers la jeune femme qui elle-même tombe amoureuse de l’ami de Clément.

Que le spectateur ne s’y trompe pas : d’amour, il en est évidemment question dans ce long-métrage mais le thème central du film reste l’amitié. Et contrairement à tout ce que l’on a pu voir jusqu’à présent, ce sentiment d’affection et d’attachement réciproque qui lie les deux garçons et qui va être mis à mal avec l’arrivée de la sublime Mona est abordé ici d’une manière si profonde et sincère qu’il fait couler plus de larmes qu’il ne provoque des éclats de rire chez les deux amis. On s’accroche, on se dispute et on se dit des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à entendre. Cela pourrait donner un film lourd et pesant mais Honoré et Garrel ont eu l’intelligence (comme souvent) d’apporter au scénario une dose de légèreté et d’absurdité qui, alliée à une écriture soignée et malgré quelques imperfections, fait la réussite de ce premier long-métrage. Essai transformé !

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