Dans la chaleur suffocante et caniculaire de l’été de ses vingt-deux ans, Nicole (Julianne Côté) a invité sa meilleure amie Véronique (Catherine St-Laurent) à passer les grandes vacances dans la maison familiale. Les parents ayant déserté les lieux, c’est l’occasion idéale pour les deux jeunes femmes de se retrouver et pouvoir profiter ensemble de cette saison. Mais l’arrivée inattendue du frère (Marc-André Grondin) avec sa bande d’amis pour enregistrer un album de musique va progressivement mettre à mal la relation qui unit Nicole à Véronique.

Présenté en 2014 pendant la Quinzaine des réalisateurs lors du 67ème Festival de Cannes, Tu dors Nicole est déjà le troisième long-métrage de Stéphane Lafleur. Après Continental, un film sans fusil (2007) et En terrains connus (2011), le réalisateur québécois continue d’explorer les relations humaines à travers le prisme de la comédie douce-amère comme pour mieux souligner à la fois leur complexité et leur caractère dichotomique.

L’intérêt du film ici ne réside pas tant dans le scénario (en soi très simple où l’on voit des individus accomplir les tâches les plus basiques de leur quotidien) mais dans la manière dont évolue le personnage parfaitement incarné par Julianne Côté (actrice non-professionnelle, précisons-le). Entre insomnies répétitives et drague enfantine par un garçon de dix ans (dont la voix est une petite merveille d’inventivité drolatique), Nicole se situe à une période charnière de son existence où la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte viennent s’entrechoquer et la faire vaciller. Cet âge si singulier qui ouvre le champ des possibilités mais provoque aussi de nombreux questionnements personnels.

À ce titre, Tu dors Nicole me rappelle le film (tout aussi réussi) de Mikhaël Hers – Memory Lane – qui s’intéresse également à cette problématique de l’adulescence.

Tourné à la saison chaude avec des acteurs dans un état proche de la langueur, réalisé en noir et blanc avec un soin particulier accordé à la photographie, Tu dors Nicole est un long-métrage à la fois rare et étrange où, si il ne se passe pas grand chose là aussi, on se laisse agréablement emporter par une douce sensation, celle de baigner dans une atmosphère mélancolique comme ces soirs d’été qu’on aimerait parfois qu’ils ne finissent jamais.

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