Cinéma

« Le Fils de Saul », un film de László Nemes

Auréolé d’une pluie de récompenses cinématographiques dont le Grand Prix du Festival de Cannes en 2015, le Golden Globes, le BAFTA et l’Oscar du Meilleur film étranger en 2016, Le Fils de Saul est un premier film coup de poing, une immersion glaçante au cœur de l’horreur des camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale dont on ne peut sortir indemne après la projection.

Le spectateur suit le quotidien de Saul Ausländer (Géza Röhrig), un prisonnier juif hongrois membre du Sonderkommando, cette unité spéciale composée d’autres prisonniers, chargés et forcés d’aider les nazis dans leur processus d’extermination. Au cours d’une opération, Saul croit reconnaître les traits de son fils sur le cadavre d’un jeune garçon. Il décide alors de tout entreprendre pour sauver le corps de l’enfant de la crémation en cherchant un rabbin pour lui offrir une cérémonie et une véritable sépulture, derniers remparts de la civilisation humaine dans l’enfer de ce charnier.

Ce n’est pas la première fois qu’un film a pour sujet l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. On pense évidemment aux documentaires Shoah de Claude Lanzmann (la référence absolue en la matière) ou Nuit et Brouillard d’Alain Resnais. D’autres se sont essayés en abordant le sujet par la fiction à l’image de La Liste de Schindler de Steven Spielberg en 1994 ou La Vie est belle de Roberto Benigni quatre ans plus tard.

Mais peut-on montrer et parler de la Shoah sans se casser les dents ? Avec ce premier long-métrage, László Nemes y parvient remarquablement parce que le réalisateur hongrois filme au plus près, caméra à l’épaule cadrée sur le visage blafard et paniqué de Saul et des autres prisonniers, toute l’atrocité des camps à travers une expérience davantage sensorielle que visuelle. L’image elle est réduite à son maximum (au format 1.37:1), au ton monochrome, en arrière-plan, souvent trouble mais ici nul besoin de voir l’horreur pour la percevoir, il suffit de l’entendre. Ce sont les bruits, les effets sonores et le silence des êtres qui glacent le sang du spectateur. Cette immersion donne le vertige en nous faisant vivre l’impensable. Ce film qui est une fiction pourrait d’ailleurs se voir comme un documentaire et devenir à son tour une référence pédagogique pour les générations futures. László Nemes évite ainsi l’écueil d’un tel sujet, celui de tomber dans le piège de l’obscénité cinématographique pour simplement choquer et faire polémique. Le film a été salué par Claude Lanzmann lui-même.

Dès lors, ce premier long-métrage mérite non seulement les récompenses qu’il a reçues mais aussi une attention particulière parce qu’il apparaît plus que jamais nécessaire de le voir et de le faire voir. L’expression est peut-être galvaudée et peut agir comme repoussoir mais au moment où les populismes d’extrême-droite refont surface au sein même de l’Union Européenne avec des discours de haine, de peur et de rejet que l’on croyait enterrés à jamais, on se dit oui, plus que jamais, Le Fils de Saul est un film nécessaire car, comme l’affirmait Marx, « celui qui ne connait pas l’Histoire est condamné à la revivre. »

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