Cinéma

« Gamines », un film d’Éléonore Faucher

Portrait intimiste d’une famille italienne, Gamines s’inspire du roman éponyme de Sylvie Testud pour nous raconter l’histoire de Corinne, Georgette et Sybille, trois petites filles qui ne connaissent de leur père qu’une simple photo de lui.

Elles ont grandi comme ça, avec le silence de leur mère Anna (Amira Casar) et la folie comme seule explication à l’absence de leur paternel. Mais Sybille, la cadette (interprétée par Zoé Duthion et Sylvie Testud) ne supporte plus ce mystère. Elle qui lui ressemble tant physiquement aimerait bien le rencontrer un jour pour essayer de comprendre ce qu’il se trame au sein de cette famille. Les coups frappés à la porte tard dans la nuit, les conversations chuchotées d’Anna au téléphone, seule dans sa chambre où les filles sont interdites d’entrée, les rencontres à la dérobée de leur mère avec cet homme quand la maison est vide. L’image d’un père fou et dangereux s’efface progressivement pour laisser  place à une situation de couple beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

À l’image de son premier long-métrage Brodeuses sorti en 2004, le talent d’Éléonore Faucher est cette capacité à savoir faire partager des émotions à travers de simples regards, des attitudes et des silences qui posent tant de vérités. Le film joue davantage sur l’atmosphère et la sensibilité de chacun des personnages que sur l’écriture, même si on se ne lasse pas des réactions acérées et incisives de la petite Sybille sur le monde qui l’entoure.

La mise en scène est assez remarquable, l’image soignée, le tout rythmé par les musiques italiennes d’Aline et de Toto Cutugno avec son Italiano qui revient plusieurs fois dans le film trottiner l’esprit du spectateur. On se laisse facilement séduire par l’histoire de cette famille si délicate et compliquée mais tellement vivante et humaine. De ce portrait familial, Éléonore Faucher s’interroge sur la difficulté de vivre ensemble et de construire sa propre identité, sur les étiquettes et les rôles que l’on nous impose depuis notre enfance et qui laissent forcément des traces, si ce ne sont des séquelles à l’âge adulte. Ne vous fiez pas au titre et à l’affiche du film. Gamines, ces trois petites filles, cela fait longtemps qu’elles ne le sont plus.

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