Cinéma

« J’ai tué ma mère », le premier film de Xavier Dolan


Synopsis
: Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses seize ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitch et les miettes de pain qui se logent à  la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà  de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à  sa génitrice. Confus par cette relation amour/haine qui l’obsède chaque jour de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à  la fois marginale et typique – découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à  l’amitié, sexe et ostracisme.

Il n’a que vingt ans mais a déjà beaucoup de talent. Pour régler son Oedipe, ce jeune canadien n’a pas choisi la voie la plus aisée en écrivant, réalisant et produisant son premier long-métrage. « J’ai produit le film parce que personne ne voulait le faire, personne n’acceptait de ne pas avoir l’argent de l’Etat et des fonds publics. J’ai donc investir mon propre argent, et j’ai des amis, de la famille, qui ont investi un peu aussi pour m’aider. Puis la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles du Québec) est entrée dans la course au financement. Elle nous a financés in-extremis pour nous permettre de terminer le tournage. Sans elle, je ne serais pas ici ! »

Si l’écriture du scénario s’est faite rapidement – en trois jours – l’origine du projet est plus profonde. Elle puise sa source dans la propre adolescence du réalisateur : « L’envie d’écrire J’ai tué ma mère est venue du ressentiment que j’approuvais envers ma mère quand je vivais avec elle, lorsque j’avais quinze, seize ans. C’est une sorte de récit librement inspiré de ce que j’ai vécu. J’avais d’abord écrit une nouvelle au lycée sur le thème de la haine infantile, encouragée par une enseignante marginale à écrire sur des sujets qui m’étaient chers et intimes. J’avais intitulé ce texte Le Matricide. Je pensais que la chose resterait au fond d’un tiroir pour toujours, mais après avoir abandonné mes études à l’automne 2006, faisant face au néant de l’âge adulte et à la crasse de mon petit appartement, j’ai voulu approfondir l’exercice de catharsis en écrivant un scénario sur le même sujet, et inspiré de la vie avec ma mère. évinçant le côté très ésotérique de la nouvelle, j’ai écrit J’ai tué ma mère en misant sur le côté hyperréaliste des détails irritants du quotidien, et en tentant – un peu maladroitement – de démontrer la dichotomie des sentiments, et d’évoquer la nostalgie, le souvenir de l’enfance ».

Même si le réalisateur reste très présent à l’image, notamment lorsque Hubert – son personnage – se confie face à la caméra, Xavier Dolan tient à le préciser : « le point de vue du film n’est pas unidimensionnel ». L’image de la mère n’est pas moins présente et importante que celle de son fils. Les scènes du film qui se focalisent sur Chantale – la mère – soulignent la complexité de la relation entre une mère et son fils, non seulement pour lui mais aussi pour elle, d’autant plus quand le garçon est homosexuel. S’accommoder des rôles que la société nous impose au fil de notre vie n’est pas une entreprise facile. Hubert n’a jamais demandé à  être le fils de Chantale, et Chantale la mère d’Hubert. La vie est ainsi faite, parfois il faut savoir enfiler des costumes beaucoup trop grands pour soi qu’on ne choisit pas forcément. C’est d’ailleurs ce que tente de nous démontrer Xavier Dolan dans son film : la tirade finale et explosive de la mère d’Hubert redonne au film tout son équilibre. La mère, cette accusée, devient alors une sorte d’héroïne face aux méandres de sa vie et à  ce qu’elle a dû endurer pour assurer au mieux ce rôle.

Présenté pendant la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, J’ai tué ma mère a remporté trois des quatre prix de cette sélection parallèle du festival : le prix Art et Essai, le prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) pour le scénario et le septième prix Regards Jeunes 2009 pour les longs-métrages. Des récompenses qui ont le mérite d’être salués pour un premier film, surtout quand on a seulement vingt ans.

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