Cinéma

« Julieta », un film de Pedro Almodóvar

Que les fans de la première heure se rassurent : Les Amants passagers n’était bien qu’un accident de parcours dans la filmographie du réalisateur espagnol. La comédie burlesque haute en couleur, aérienne et visiblement trop pressurisée de 2013 n’avait convaincu à l’époque presque personne. Trois ans après cette parenthèse loufoque, Almodóvar revient en (très) grande forme avec ce nouveau long-métrage, peut-être même le plus réussi de tous.

Exit les couleurs vives, les voix suraiguës et les personnages hystériques, Julieta nous plonge au cœur de Madrid pour nous raconter l’histoire tragique et baroque d’une mère inconsolable qui n’a plus aucune nouvelle de sa fille Antía depuis plusieurs années. Alors qu’elle s’apprête à quitter la capitale espagnole avec son nouveau compagnon pour rejoindre le Portugal, elle croise fortuitement Bea, une ancienne amie d’enfance de sa fille, qui lui annonce avoir vu Antía récemment. Surprise par cette nouvelle, Julieta décide de bousculer tous ses projets : elle rompt avec son ami, se réinstalle à Madrid, replonge dans le passé et se met en quête de retrouver sa fille. Pour cela, Julieta décide de lui écrire une lettre et lui révéler ce qu’elle a toujours gardé secret.

Présenté en compétition officielle lors du 69ème Festival de Cannes en 2016, Julieta est une adaptation de trois nouvelles de l’écrivaine canadienne Alice Munro qui nous parle avec éclat et virtuosité de la fragilité des liens qui nous unit et du manque provoqué par l’absence de l’Autre ; « de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé » selon les propres mots du réalisateur espagnol.

Avec Julieta, Almodóvar retourne à ses premiers amours, à ce qu’il sait faire de mieux et à ce qui caractérise son cinéma depuis ses débuts. C’est-à-dire un film où les femmes sont les protagonistes de l’histoire et dans lequel elles tiennent une place à part entière. On ne le redira jamais assez mais Almodóvar, qui a passé une grande partie de son enfance entouré de femmes, est l’un des rares réalisateurs à savoir mettre en valeur leur force, leur beauté et leur complexité. On pense à La Loi du désir (1986), Tout sur ma mère (1999), Parle avec Elle (2002) ou encore Volver (2006). Après Penelope Cruz, Carmen Maura, Rossy de Palma, Lola Dueñas ou Blanca Portillo, ce sont deux nouvelles muses (Adriana Ugarte et Emma Suarez) qui viennent s’ajouter aujourd’hui au panthéon des actrices almodovariennes.   

Mis en scène comme un polar romanesque hitchcockien avec ses allers-retours dans le passé, Julieta est un drame intense, à la fois âpre et poignant, délicat et tout en finesse. C’est un film aussi sublime sur le plan esthétique (car épuré de tout artifice) que déchirant sur le plan émotionnel parce que la souffrance de cette mère provoqué par le silence de sa fille déclenche en nous une empathie si forte qu’elle en devient naturellement bouleversante.

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2 commentaire(s)

  • « Les Amants passagers n’était bien qu’un accident de parcours », c’est dur je trouve, mais beaucoup de monde le considère ainsi, moi j’avais trouvé que c’était une parenthèse dans sa filmo et j’avais franchement bien aimé !
    Mais effectivement, Julieta avait plus la patte du réalisateur tel qu’on le connait.

    • Oui un peu mais j’ai trouvé que ça manquait vraiment de subtilité. Almodóvar nous a tellement habitué à mieux !

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