Cinéma

« La chambre bleue », un film de Mathieu Amalric

Quatre ans après avoir monté les marches du Festival de Cannes avec les plantureuses comédiennes new burlesque pour Tournée (Prix de la mise en scène 2010), Mathieu Amalric est de retour cette année sur la Croisette dans la sélection Un certain regard avec une adaptation d’un des romans de Georges Simenon.

La vitesse d’exécution c’est le dénominateur commun qui relie le célèbre auteur de romans policiers au réalisateur français : là où Simenon avait mis trois mois – de avril à juin 1963 – à écrire son roman, Amalric lui n’aura eu besoin que de 29 jours de tournage et quelques semaines de montage pour boucler sa réalisation, pressé par son producteur Paulo Branco à faire quelque chose de « simple, rapide, dans l’esprit d’une vraie série B« .

Piqué au vif alors qu’il travaille depuis 2012 à l’écriture d’une nouvelle adaptation cinématographique du roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir, Mathieu Amalric relève le défi, cherche, tombe sur le livre de Simenon et décide de se lancer rapidement avec la metteuse en scène (et sa compagne) Stéphanie Cléau qui jouera le rôle d’Esther Despierre, l’amante de Julien (Amalric lui-même) dans le film.

Si les prénoms ont été changé et quelques détails adaptés (notamment la partie judiciaire) pour coller davantage à l’époque contemporaine, La Chambre bleue de Mathieu Amalric reste fidèle à celle de Simenon. Le réalisateur français parvient à restituer une atmosphère anxiogène qui gravite autour des deux amants dès lors que l’on apprend (très vite) que le pire est arrivé ; où chaque plan donne la sensation que quelque chose peut survenir à tout moment avant de laisser place aux interrogations, comme celles de Julien, puis progressivement au doute sur les événements passés.

Filmé en format 1/33 qui privilégie les plans fixes, La Chambre bleue d’Amalric est rythmée par les musiques de Ravel, de Bach et de Hermann qui, en plus de donner une certaine tonalité lyrique au film, viennent renforcer cette ambiance angoissante et tranchent radicalement avec les moments de volupté entre les deux amants. Cette adaptation de Simenon est à la croisée d’un film d’Alfred Hitchcock et La Femme d’à côté de François Truffaut. Une mise en bouche particulièrement savoureuse de ce que Mathieu Amalric est capable de faire et que l’on espère retrouver dans sa prochaine adaptation Stendhalienne.

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