Comme chaque année au mois de mai, Cannes organise son festival de cinéma. La ville déroule son tapis rouge et revêt ses plus beaux atours pour offrir aux yeux du monde un spectacle aussi étrange que paradoxal où la beauté du 7ème art vient se mêler à l’obscénité de la Croisette, celle des starlettes et des soirées mondaines.

C’est à se demander alors si Thierry Frémaux et Gilles Jacob n’ont pas souhaité faire un joli pied de nez à ce petit monde fermé en sélectionnant en compétition officielle le long-métrage de Paolo Sorrentino lors du 66ème Festival de Cannes (2013) car le propos du film trouve une résonance toute particulière à cette triste réalité.

Auréolé de succès dans les différents festivals de cinéma internationaux notamment du Prix du Meilleur film européen en 2013, de l’Oscar et du Golden Globe du meilleur film étranger en 2014, La Grande Bellezza met en scène le portrait de Jep Gambardella (remarquablement interprété par Toni Servillo). Écrivain d’un seul roman – L’appareil humain – aujourd’hui reconverti dans le journalisme et la critique de théâtre, cet homme vieillissant mais toujours aussi charismatique écume les soirées où la mondanité italienne se retrouve presque quotidiennement pour combler le vide de son existence. Au cœur de Rome, dans la chaleur de l’été et la splendeur de la ville, Jep déambule à la recherche de cette Grande Beauté qu’il peine à trouver, celle qui élève l’âme et donne à la vie tout son sel.

Car derrière les arcades et les vestiges de la ville romaine filmés avec langueur lors de longs plans séquences, le réalisateur italien dépeint avec brio la décadence d’une classe sociale qui possède déjà tout sauf peut-être l’essentiel et passe son temps à se vautrer dans une vulgaire superficialité au cours de ces fêtes.

C’est une sorte de grande déglingue de l’espèce humaine qui pourrait donner un film sans intérêt et au propos éculé mais le cynisme avec lequel ce Gambardella observe son petit monde d’un air détaché et désabusé est jouissif pour le spectateur. Cette contemplation dans laquelle Paolo Sorrentino parvient à nous plonger est à ce point hypnotique qu’il est difficile d’en détourner le regard. Il faut dire que la bêtise humaine a aussi le mérite de fasciner et, en la matière, il y a de quoi ici alimenter sa propre misanthropie.

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4 commentaire(s)

  • J’aime énormément ce film. Pourtant je n’aime pas spécialement les films qui ne parlent de rien pour caricaturer mais il y a tellement de vie et de beauté dans ce film qu’on entre vraiment dans le film, on passe par toute une palette d’émotions. Et puis Toni Servillo y est vraiment exceptionnel. Une honte que ce film n’ait rien eu à Cannes (tout ça pour nous foutre La vie d’Adèle, hohoho attaque méchante). En tout cas, ravie de retrouver tous ces réalisateurs italiens à Cannes, hâte d’être mercredi !

    • Je partage votre avis ! J’ai bien aimé « La vie d’Adèle » mais c’est loin d’être le chef d’oeuvre annoncé par la presse tellement dithyrambique à chaque fois avec Kechiche. Peu importe ce qu’il fasse, ce réalisateur a « la carte » comme on dit !

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