Cinéma

« Le Beau Monde », un film de Julia Lopes-Curval

A 20 ans, Alice (Ana Girardot) vit en Basse-Normandie et travaille dans une pâtisserie à Bayeux. Passionnée par le travail de la laine, elle aime confectionner des vêtements et créer des teintures originales comme ce pull couleur bleu turquoise qu’elle porte le jour où elle rencontre Agnès (Aurelia Petit), une bourgeoise parisienne travaillant dans le monde de la mode. Grâce à son aide, Alice intègre une prestigieuse école de broderie dans la capitale, rencontre son fils Antoine (Bastien Bouillon) et découvre un milieu social à l’opposé du sien, le milieu bourgeois, ce « Beau Monde ».

Le sentiment amoureux qui unit deux personnes entre elles peut-il survivre à la rigidité et au dogme des conventions sociales ? C’est une question récurrente au cinéma à laquelle nous invite Julia Lopes-Curval à nous interroger dans son cinquième long-métrage et qui a été traitée encore récemment à l’instar du film de Lucas Belvaux, Pas son genre au mois d’avril dernier ou à celui d’Abdellatif Kechiche, La vie d’Adèle en 2013.

Mais loin de la confrontation violente entre Adèle et Emma, Le Beau Monde lui tisse au fur et à mesure que le film s’égrène les fils de sa réussite en y ajoutant une certaine dose de poésie. Dans une atmosphère douce et relativement mélancolique, bercé par la musique de Françoise Hardy (Même sous la pluie), la réalisatrice française brode le parcours d’une jeune femme sensible qui manque terriblement de confiance en elle et de soutien auprès de sa famille, issue d’un milieu populaire qu’elle finit par rejeter et s’y sentir totalement étrangère pour la confronter à la violence du nouveau monde qui l’entoure et qu’elle tente d’intégrer sans pour autant y appartenir vraiment. Alice perd pied et se retrouve dans une sorte de no man’s land dans lequel elle doit trouver sa propre place.

La jeune femme est victime du système dans lequel elle vit mais Julia Lopes-Curval a l’intelligence de ne pas la victimiser pour autant. Remarquablement interprétée par Ana Girardot, la lutte dans laquelle se lance alors la jeune femme déclenche chez le spectateur un sentiment profond d’empathie. Car si il n’y aura évidemment pas de révolution utopique dans les milieux sociaux, Le Beau Monde donne à voir plus qu’une simple romance mais une éducation sentimentale et une véritable bataille humaine qui forge et transforme profondément un individu à travers les épreuves et les expériences de son existence.

Sortie en salles le 13 août 2014

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