Livres

« Les heures souterraines » de Delphine de Vigan

Depuis huit ans maintenant qu’elle a retrouvé cet emploi, dix ans après la mort de son mari, Mathilde effectue chaque matin le même rituel : une plongée dans les artères souterraines de la ville de Paris et sa proche banlieue ; elle traverse les couloirs de la ligne 9, de la ligne 1 avant de monter dans l’un des trains du RER D. Mathilde se rend ainsi à son travail où depuis quelques temps, sans aucune raison apparente, son patron la harcèle.

Mise à l’écart, Mathilde devient invisible, un individu parmi les autres à l’image de Thibault, médecin urgentiste pour les hôpitaux de Paris. Sa vie à lui se résume à attendre dans les files d’embouteillage interminables de la capitale et à rendre visite à des personnes souffrantes aussi esseulées que lui dans cette ville peuplée pourtant de deux millions d’habitants.

Publié en 2009 aux éditions Lattès, Les heures souterraines est le sixième roman de Delphine de Vigan et le récit en parallèle de deux parcours de vie, celui de Mathilde et de Thibault, les deux protagonistes du roman. A lire le résumé de la quatrième page de couverture, on pourrait s’imaginer facilement le dénouement de cette histoire au regard du déroulement de cette dernière mais la romancière française est parvenue à éviter le lieu commun d’une histoire amoureuse et à ne jamais tomber dans la facilité et la banalité de ce genre de livres. Le sujet du roman est bien celui d’une histoire de solitude au pluriel, celle de Mathilde, de Thibault et des personnes qui gravitent autour de ces personnages.

Après Un soir de décembre en 2005 et No et moi en 2007, Les heures souterraines décrit avec précision une atmosphère glaciale, presque complètement déshumanisée où chaque individu se comporte comme une mécanique froide sans vie n’étant plus que l’ombre de lui-même. La description quasiment clinique de cet environnement hostile où les êtres ne font que se croiser et s’effleurer dans cette danse frénétique et complètement absurde, rythmée par la cadence des voitures et des trains, et le va-et-vient de chacun, donne au roman une tonalité particulièrement mélancolique où fatalité et amertume se mélangent parfaitement.

Partager la chronique

Laisser un commentaire