Cinéma

« Memory Lane » de Mikhaël Hers

Dès le premier plan du film, Mikhaël Hers donne le ton : long et lent travelling depuis une colline de la banlieue sud-ouest de Paris où le réalisateur a lui-même passé son enfance. L’image est magnifique, soignée et épurée. Les immeubles de la capitale et ses grands ensembles sont bien présents mais la nature est toujours là, au premier plan. La juxtaposition de ces deux espaces donne une perspective nouvelle et élégante de Paris où le milieu urbain cohabite parfaitement avec les éléments naturels de la périphérie.

À la lisière de Paris, c’est dans cette atmosphère singulière que Mikhaël Hers a posé sa caméra pour nous raconter et filmer l’histoire de sept amis, âgés de 25 à 28 ans. Tous se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Lors d’un été, ils se retrouvent à passer quelques jours dans cette ville qui les a vus grandir. Chacun est là pour une raison différente : Raphaël pour soigner son mal-être, Muriel et sa sœur Céline venues retrouver leur père atteint d’une tumeur alors qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre ou encore Vincent qui occupe ses journées entre son travail à la bibliothèque et ses compositions musicales dans la cour d’un lycée où il vit avec sa mère. Sous le ciel bleu du mois d’août, mois du temps suspendu et de sa chaleur estivale, chacun porte en lui l’intuition que ces moments d’enfance retrouvés seront peut-être les derniers…

Memory Lane, comme le titre d’une vieille chanson pop et mélancolique, nous fait instinctivement penser au cinéma de Rohmer, l’un des rares réalisateurs qui savait filmer avec précision les membres de la classe moyenne, cette classe rarement portée à l’écran qui a pourtant son propre lot de peines et de souffrances dans les épreuves de la vie quotidienne.

Hers filme avec émotion, tendresse et sensibilité les errances et les flâneries de ses personnages en les enfermant dans une confortable petite bulle qui éclate à chaque fois qu’ils doivent se confronter à la réalité sociale. Démunis et perdus, chacun doit apprendre à faire face à ses craintes, ses doutes et ses angoisses qui leur explosent en plein visage, à l’image de Raphaël dont la solitude lui fait perdre pied. Tous se cherchent, se posent des questions sur leur parcours de vie et leur existence, coincés dans cette étape charnière entre le monde de l’adolescence auquel ils n’appartiennent plus et celui des adultes et de ces trentenaires auquel ils n’appartiennent pas encore.

Les dialogues ont beau être extrêmement plats (ils se limitent souvent aux banalités d’usage du « comment ça va ? »), la force de ce long-métrage réside essentiellement dans les silences et les regards de chacun. Hers saisit une émotion, la capture et la rend avec une telle justesse de ton qu’il parvient à faire naître un sentiment réel et sincère d’empathie chez son spectateur.

Une justesse d’émotion, sans aucune sensiblerie, rythmée par les sonorités mélodieuses de David Sztanke et de son groupe Tahiti Boy and The Palmtree Family. Les musiques minimalistes qui accompagnent, au fil des journées, l’histoire de vie de ces sept amis font de Memory Lane une œuvre de cinéma d’une mélancolie rare, délicate et cristalline.

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