Cinéma

« Métamorphoses », un film de Christophe Honoré

Il y a trois ans, Christophe Honoré nous avait laissé dans les salles obscures avec Les Bien-aimés où des acteurs et des actrices de renom à l’image de Catherine Deneuve, Louis Garrel ou Chiara Mastroianni chantaient des ballades amoureuses composées par Alex Beaupain sur le sentier de leurs âmes torturées. Pour réaliser Métamorphoses, cette adaptation libre et contemporaine de l’oeuvre d’Ovide, Honoré a changé radicalement de braquet. Le réalisateur français s’est entouré d’une troupe de jeunes comédiens davantage habitués à monter sur les planches plutôt qu’à se faire filmer par une caméra acérée comme celle d’Honoré.

Un pari risqué mais finalement peu surprenant puisque qu’il s’inscrit dans le prolongement d’un spectacle (Nouveau Roman) créé et mis en scène par ses propres mains pour le Festival d’Avignon en 2012. Une rupture de genre audacieuse qui au fil des années est devenue la marque de fabrique du cinéma d’Honoré. Une filmographie prolifique (quasiment un film par an) et éclectique (mais injustement non-récompensée). Du très inspiré Dix-sept fois Cécile Cassard au beaucoup moins inspiré Homme au bain en passant par le dérangeant Ma mère à ses plus belles réalisations (Les Chansons d’amour, La Belle personne), Honoré est un cinéaste qui divise autant qu’il passionne mais ne laisse jamais indifférent son spectateur.

Métamorphoses raconte l’histoire d’une jeune femme prénommée Europe (Amira Akili) qui se laisse séduire aux abords d’un lycée situé dans une banlieue du sud de la France par un garçon charismatique (Sébastien Hirel) à la beauté saisissante et au charme certain. A bord d’un étrange poids lourd aux vitres teintées, le jeune homme prétend être Jupiter, le dieu des Dieux, celui qui gouverne le Ciel et la Terre et qui a le pouvoir de transformer les Hommes en bête ou en arbre au grès de ses envies ou de ses colères divines. Ennuyée par la monotonie de son existence et la routine de son quotidien, Europe aspire à une vie plus palpitante et plus enrichissante. La rencontre avec Jupiter lui offre alors une perspective inespérée aussi bien excitante que dangereuse de pouvoir se réaliser. Car auprès des Dieux, les fruits de la quête existentielle semblent plus savoureux : les hommes et les femmes comme Europe apprennent à vivre pleinement et intensément leur éphémère passage sur cette planète. Auprès des Dieux, les êtres humains apprennent aussi à transformer leur courte existence terrestre en métamorphose éternelle.

A la sortie de la projection c’est un sentiment étrange de douceur et d’apaisement qui nous habite. Honoré est parvenu habilement à transposer dans notre monde contemporain la mythologie romaine et à épurer l’oeuvre d’Ovide qui nous avait donné tant d’urticaire dans nos années adolescentes. La musique pop et mélancolique de Baxter Dury (Leak At The Disco) présente dans le film nous trotte encore dans la tête et on se dit alors que Christophe Honoré a réussi son pari (comme dans la plupart de ses films) : celui de nous extirper le temps d’un long-métrage de la torpeur de nos vies insignifiantes.

Sortie en salles le 3 septembre 2014

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