D’abord, il y a le cadre. Un carré parfait, le format 1:1 qui n’est plus utilisé au cinéma depuis de longues années ; les réalisateurs ayant choisi d’élargir leur champ de vision et d’adopter des formats plus adaptés aux écrans de nos générations et des nouvelles technologies. C’est donc une décision audacieuse qui à priori peut paraître un peu surannée mais qui relève finalement d’un choix esthétique et technique de la mise en scène que Xavier Dolan affectionne particulièrement. Car filmer en 1:1 n’est pas chose aisée pour un cinéaste, il faut savoir jongler habilement avec le cadre qui par définition est réduit au maximum. Un choix que justifie le réalisateur canadien : « Le quadrilatère qu’il [ce format] constitue encadre les visages à la perfection et représente à mes yeux l’idéal en terme de portrait ; aucune distraction ni affectation possible : le sujet est indéniablement le personnage, au centre de l’image, toujours. »

Son fils, sa bataille

Ce portrait c’est celui de deux femmes et d’un jeune garçon âgé de seize ans atteint d’un trouble du déficit de l’attention (TDAH). Après un nouvel incident dans le centre éducatif dans lequel il se trouve, Steve (Antoine-Olivier Pilon) retrouve sa mère Diane alias Die (Anne Dorval), une veuve mono-parentale qui récupère la garde de son fils et décide de s’occuper de lui personnellement malgré toutes les difficultés qu’impose la prise en charge d’un enfant hyperactif à la maison. Ensemble, ils essaient de cohabiter tant bien que mal notamment grâce à l’aide de leur voisine Kyla (Suzanne Clément), une institutrice en congé sabbatique venue s’installer dans le quartier pour quelque temps.

Sensation du dernier Festival de Cannes où le jeune réalisateur québécois est reparti avec le Prix du Jury ex-aqueo avec Jean-Luc Godard pour son Adieu Au Langage, Mommy est un film intense et lumineux dans la mesure où son spectateur passe par toutes les émotions possibles pendant les deux heures du film ; du rire aux larmes, de la compassion à l’empathie pour ce trio particulièrement attachant, ça déborde de partout. C’est un torrent émotionnel qui ravage tout sur son passage et dans lequel on peut difficilement en ressortir indemne ou indifférent. Car, à l’instar de son premier long-métrage, en choisissant un thème aussi universel que peut être la relation à la fois d’amour et de haine qui unit une mère et son enfant, Xavier Dolan touche ici un point sensible auquel chacun peut s’identifier facilement au delà de la maladie de cet adolescent.

« C’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver »

Les dialogues sont finement travaillés et étudiés. Ils s’enchaînent à vive allure à l’image du rythme de vie dans lequel nous ont embarqué cette mère et son fils et font mouche à chaque fois. Comme dans les précédents longs-métrages de Dolan, la musique est un acteur à part entière qui participe à la réussite de Mommy et au sentiment que procure le film. Elle est d’ailleurs particulièrement éclectique puisque l’on passe d’un titre de Counting Crows (Colorblind) à du Céline Dion (On ne change pas) pour finir sur le Born To Die de Lana Del Rey à double sens au moment du générique de fin.

Après avoir tenté de tuer sa mère en 2009, Xavier Dolan clame avec Mommy tout son amour et son admiration pour ses deux actrices fétiches en leur composant des rôles à la hauteur de leurs talents respectifs. Car si la performance d’Anne Dorval et d’Antoine-Olivier Pilon est remarquable, celle de Suzanne Clément est exceptionnelle. Déjà époustouflante dans Laurence Anyways il y a deux ans, elle incarne ici avec brio une institutrice maladivement timide et mortifiée par un drame que l’on peut imaginer.

Voilà en tout cas un film qui pourrait réconcilier les plus sceptiques jusqu’à présent avec la filmographie de ce jeune prodige canadien qui à seulement vingt-cinq ans semble déjà avoir tout réussi.

Partager la chronique

Laisser un commentaire