Cinéma

« Mustang », un film de Deniz Gamze Ergüven

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Dans la chaleur moite du début de l’été, Lale (Güneş Nezihe Şensoy) et ses quatre sœurs fêtent la fin de l’année scolaire en jouant au bord de la mer Noire avec des garçons de l’école. La séquence est belle, soignée, teintée d’une douce mélancolie et empreinte d’un sentiment de liberté. Ce sera le seul car, dans ce petit village reculé de Turquie, les traditions conservatrices sont fortes. La scène ne passe pas auprès des autochtones et leur grand-mère qui s’occupe de ces cinq filles. Cette supposée débauche publique à ses yeux va rapidement déboucher sur une confrontation de plus en plus violente entre les adultes et les adolescentes. Pour elles, la maison familiale se transforme alors en une véritable prison.

Loin de la capitale Ankara, très loin de la moderne Istanbul, Deniz Gamze Ergüven montre avec brio la persistance du conservatisme religieux dans les contrées les plus éloignées de son pays. Dans cette manière ancestrale de vivre, les femmes sont réduites à l’apprentissage des tâches ménagères, à la soumission et domination masculine. Leur seule possibilité d’émancipation se résume à devoir accepter un mariage arrangé par la famille en vue d’enfanter.

Il y a quelques jours, le premier long-métrage de la réalisatrice turque a été récompensé d’une nomination aux Oscars et pas moins de neuf aux César pour les prochaines cérémonies du mois de février. Si décrocher la petite statuette du Meilleur film étranger semble difficile au vue de la forte concurrence de cette année (le film est en compétition face au Fils de Saul de László Nemes), gageons que Deniz Gamze Ergüven remporte au moins un ou deux César en France. Elle et ces cinq actrices adolescentes le méritent amplement à l’image de la plus jeune (Güneş Nezihe Şensoy ci-dessus) qui crève et explose l’écran par son talent et sa fureur de vivre.

Mustang est un film coup de poing à voir de toute urgence. Il est de ce genre de films qui ne laisse guère indifférent son spectateur – d’autant plus pour les Occidentaux que nous sommes – parce qu’il touche à l’une de nos valeurs fondamentales, notre liberté.

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