Arts

La nature enluminée de Georgia O’Keeffe

Née en 1887 à Sun Prairie dans le Wisconsin aux Etats-Unis, Georgia O’Keeffe a commencé à s’intéresser à la peinture dès son jeune âge en prenant des cours d’aquarelle auprès de Sara Mann, une artiste locale, avec l’aide de sa mère. Une femme attentionnée envers ses enfants et déjà féministe avant l’heure puisqu’elle souhaitait qu’aucune distinction ne soit faite entre les filles et les garçons de la famille en matière d’éducation. Georgia O’Keeffe a eu cette chance incroyable de pouvoir grandir et s’épanouir pleinement dans une famille à la fois fortunée et progressiste.

À partir de l’âge de dix-huit ans et pendant une dizaine d’années, la jeune femme fréquente de prestigieuses universités et écoles d’art américaines comme l’École de l’Institut d’art de Chicago, l’Université de Virginie ou encore celle de Columbia à New-York où elle suit les cours d’Arthur Wesley Dow avant d’y enseigner quelques années plus tard. Il suffit de jeter un œil à l’œuvre de Dow pour comprendre à quel point cet artiste américain a influencé le travail de la jeune femme. Certains tableaux de ce peintre, graveur et photographe ressemblent à s’y méprendre à ceux de Georgia O’Keeffe (The Hill Field ou View of Lake Louise, Alberta, Canada).

Mais dérangée par l’odeur de la térébenthine, O’Keeffe décide d’arrêter la peinture pendant plusieurs années sans pour autant cesser toute activité artistique puisqu’elle se met à dessiner au crayon et au fusain.

En 1916, elle rencontre la photographe Anita Pollitzer à l’Université Columbia et se lie d’amitié avec elle. C’est grâce à elle que O’Keeffe fait son entrée et ses premières armes dans le monde feutré de l’art. Pollitzer décide d’envoyer ses dessins au fusain à Alfred Stieglitz, alors propriétaire de la galerie 291 à New York. À l’époque, cet endroit était le lieu de référence avant-gardiste par excellence où de nombreux artistes notamment français comme Matisse ou Rodin y ont été exposés. Alfred Stieglitz lui consacre une exposition l’année suivante et se rapproche de la jeune Georgia qui emménage à New York avec lui deux ans plus tard avant de se marier avec le galeriste en 1924.

Profitant du cercle d’amis de son mari, O’Keeffe fait la connaissance d’artistes américains modernistes comme Charles Demuth, Marsden Hartley ou encore Arthur Garfield Dove qui tous influenceront son travail. Mais c’est surtout auprès du photographe Paul Strand avec qui elle apprend l’art de la précision et du cadrage que Georgia O’Keeffe se construit une réputation artistique. Son style s’affine et se bonifie. Elle délaisse le fusain et l’aquarelle pour s’adonner à la peinture à l’huile et peindre, entre 1918 et 1932, un monde floral de plus de deux cents tableaux de fleurs qu’elle représente de manière vive, presque organique.

Lorsque vous prenez une fleur dans votre main et la regardez vraiment, alors cette fleur devient votre univers pour un instant. Je veux transmettre cet univers à quelqu’un d’autre. La plupart des gens dans les villes sont tellement pressés qu’ils n’ont pas le temps de regarder une fleur. Je veux qu’ils la voient, qu’ils le veuillent ou non.

Georgia O’Keeffe

C’est encore la nature et plus précisément celle du Nouveau-Mexique qui la sauve d’une dépression pour laquelle elle est hospitalisée en 1933. Après y avoir passé plusieurs étés, O’Keeffe s’installe définitivement à partir de 1940 au nord de cet État américain dans la région de Ghost Ranch. Elle prend alors de la distance avec son mari volage et cette histoire passionnelle qui la dévore. Là-bas, elle tombe amoureuse des paysages désertiques et silencieux du Nouveau-Mexique. L’endroit marque à jamais l’oeuvre de Georgia O’Keeffe où elle y réalise ses plus belles toiles. L’artiste passe son temps à étudier les formes, la lumière et les caractéristiques de ces falaises arides et ces collines de couleur ocre du désert du Colorado. À l’instar de Cézanne qui était fasciné par la montagne Sainte-Victoire dans les Bouches-du-Rhône pour l’avoir représenté une soixantaine de fois, c’est une autre montagne, celle du Cerro Pedernal qui va magnétiser la peintre américaine au point de la reproduire près de trente fois.

Au fil des années, Georgia O’Keeffe devient la coqueluche du monde de l’art moderniste. Le MoMa de New-York lui consacre même la première rétrospective accordée à une femme en 1943. En 1962, elle devient membre de l’académie américaine des arts et des lettres mais, à partir des années 70, sa vue défaillante l’oblige à renoncer progressivement à la peinture. Elle reprend le fusain et le crayon pour dessiner avant de prendre la plume en 1976 pour rédiger son autobiographie. Sa santé se dégradant d’années en années, O’Keeffe déménage à Santa Fe en 1984 avant de mourir deux ans plus tard à l’âge de 98 ans.

À sa mort, l’artiste américaine laisse derrière elle une oeuvre considérable de plus de neuf cent tableaux et soixante-dix années de travail. Elle est considérée encore aujourd’hui comme une pionnière de la peinture moderniste américaine du XXème siècle.

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