Cinéma

« Oh Boy », un film de Jan-Ole Gerster

Lorsque l’on vit dans une ville qu’elle soit grande ou moyenne, il y a des situations parfois qui ont le don de nous agacer. À titre personnel, le manque de bancs publics en dehors des jardins et autres squares m’a toujours passablement irrité (surtout après une longue marche). Pour Niko Fischer (Tom Schilling), principal protagoniste du film de Jan-Ole Gerster, ce n’est pas l’impossibilité de pouvoir s’asseoir dans la rue quand il le souhaite qui le met en rogne mais celle de ne pouvoir trouver un café normal à un prix du même acabit. Il faut dire que dans une société contemporaine aussi consumériste que la nôtre, qui plus est dans une capitale occidentale et européenne comme ici Berlin, il est parfois difficile d’obtenir les choses les plus simples tant l’offre est immense.

C’est de cette situation à la fois drôle et cocasse mais pas aussi anecdotique qu’il n’y paraît que le réalisateur allemand est parti pour réaliser son premier long-métrage. Tout au long du film on retrouvera d’ailleurs ce fil d’Ariane comme une piqûre de rappel à l’absurdité grandissante de nos sociétés modernes.

Car tout le sel de Oh Boy se trouve finalement dans cette critique cynique et grinçante d’une époque qui ne sait plus quoi faire de son temps ni de son existence. Niko Fischer en est le digne représentant : depuis que son père lui a coupé les vivres quand ce dernier a appris qu’il avait cessé ses études de droit deux ans auparavant, le jeune Berlinois erre dans les rues de la capitale allemande au grès des rencontres (plus ou moins chanceuses) à la recherche (vous l’aurez compris)… d’un café ! Au fil des déambulations, le spectateur découvre ainsi toute une myriade de personnages plus loufoques les uns des autres : un acteur raté, un psychologue formaliste et pointilleux, un voisin dépressif et solitaire, une bande de jeunes gens qui noie son désespoir dans l’alcool ou encore un vieil homme qui semble avoir abandonné tout espoir et déjà quitté ses semblables.

Réalisé en noir et blanc, Oh Boy fait indéniablement penser au long-métrage de Wolfgang Becker (Good Bye, Lenin !) avec lequel Gerster a travaillé et celui de Joachim Trier (Oslo 31 août) sorti un an plus tôt. C’est une comédie dramatique douce-amère, un brin nostalgique et misanthropique où l’ironie et le tragique des situations flirtent toujours avec une belle et agréable mélancolie dans laquelle nous sommes plongés dès les premiers instants du film comme pour mieux supporter la vacuité et la vanité de nos existences.

Bonus d’après-séance : écouter en boucle Fischer’s Song interprété par l’acteur Tom Schilling pour se replonger dans l’ambiance du film.

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