Cinéma

« Party Girl », un film de Amachoukeli, Burger et Theis

party_girl_2Présenté en ouverture de la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, Party Girl est le premier long-métrage réalisé par un trio d’amis sorti tout droit de la Fémis, la prestigieuse école de cinéma parisienne. « C’est un film sauvage, généreux et mal-élevé », la présidente de jury Nicole Garcia ne pouvait pas mieux définir le film de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis en les récompensant de la Caméra d’Or et du Prix d’ensemble de la dite-sélection.

Sauvage, par sa mise en scène, caméra embarquée, les Triplés (c’est ainsi qu’ils aiment se faire appeler) filment les acteurs non-professionnels pourtant très professionnels au plus près des visages, des corps et de leurs mouvements pour mieux capturer leurs expressions. Généreux et mal-élevé, par l’exubérance de ses personnages et le milieu, celui du cabaret, dans lequel le film évolue.

Party Girl raconte l’histoire d’Angélique Litzenburger, une femme âgée de soixante ans qui n’a connu que le milieu de la nuit et qui décide un jour pourtant de se ranger socialement en épousant Michel, un des habitués du bar dans lequel elle travaillait jusqu’à présent. Mais Angélique s’aperçoit rapidement que tout quitter du jour au lendemain ce qui a forgé son caractère et ce qu’elle est aujourd’hui n’est pas aussi facile qu’elle l’aurait imaginé.

Pour réaliser leur premier long-métrage, Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis se sont inspirés de la filmographie de Pier Paolo Pasolini (Mamma Roma), de John Cassavetes (Une femme sous influence), de Barbara Loden (Wanda) et de leurs portraits de femmes libres et hors du commun mais aussi de la personnalité et du parcours de vie hors-norme de la mère de Samuel Theis qui incarne remarquablement son propre rôle à l’écran comme les autres membres de sa famille.

C’est là tout l’intérêt du film qui oscille entre réalité et fiction et qui pourrait s’inscrire davantage dans une dimension sociologique et un registre de l’ordre du documentaire, évoluant dans un milieu populaire et rythmé par les déhanchés plus ou moins inspirés de ces femmes physiquement affectées par l’âpreté de leur conditions de vie et de leur milieu social d’origine. Une virée dans le monde obscure de la nuit mais surtout dans le quotidien d’une femme pétrifiée à l’idée de vieillir seule, de se sentir hors-jeu et d’être mise sur le banc de touche à l’instar du personnage incarnée par Juliette Binoche la semaine dernière dans Sils Maria.

Bercée par la musique de Chinawoman (I’ll Be Your Woman ; Party Girl), ce premier film du jeune trio français prend de belles envolées mélancoliques à travers trois scènes ingénieusement réparties au début, au milieu et surtout à la fin. Party Girl donne ainsi à voir plus qu’un simple portrait de femme de notre époque sinon celui de son combat quotidien pour essayer de vivre pleinement et librement des choix de vie singuliers mais parfaitement assumés.

Sortie en salles le 27 août 2014

Partager la chronique

Laisser un commentaire