Cinéma

« Polisse », un film de Maïwenn

Comment ne pas y penser ? Polisse, SS. CRS, SS. On a craint le pire. Celle d’une triste résurrection du passé, Maïwenn dans son costume de soixante-huitarde attardée mélangeant tout : les slogans, l’Histoire et l’orthographe pour en faire un gloubi-boulga visuellement alléchant. Polisse, SS. CRS, SS.

Et puis le film commence. Sur l’air d’une chanson populaire – l’île aux enfants par la voix d’Anne Germain – les séquences se suivent et se ressemblent, au gré des différentes affaires, plus sordides les unes des autres. Celle d’une petite fille qui se fait gratter les fesses par son père, d’un entraîneur sportif qui abuse de son élève dans les vestiaires du gymnase ou encore d’une mère qui masturbe son fils chaque soir avant de le mettre au lit. Ces affaires constitueront la trame de fond, comme un fil d’Ariane auquel Maïwenn s’efforcera de suivre tout au long de son long-métrage. Le décor est planté, ce sera dans les locaux de la BPM, comprenez Brigade de Protection des Mineurs, celle qui s’occupe essentiellement des affaires de viol et de pédophilie. L’atmosphère est lourde, forcément pesante. À l’instar de Mélissa, personnage cliché d’une bourgeoise coincée, enfermée dans son 6ème arrondissement et incarné à l’écran par la réalisatrice, elle-même, on en vient à se demander ce que l’on fait là. Pourquoi diable, a-t-on mis les pieds dans cette salle de cinéma ?

D’ailleurs, les clichés font de Polisse sa principale faiblesse. Parce que susciter l’empathie quand le politiquement correct ambiant règne en maître est toujours un exercice de style très périlleux. Les abus sur des mineurs ont beau être répugnants, la tarte à la crème n’est jamais très loin. L’implication des policiers dans leur métier est parfois exagérée, si bien que l’on frise l’indigestion, voire l’écœurement, particulièrement avec le personnage de Fred (Joey Starr).

Pourtant, Polisse est un film réussi. Peut-être par son rythme (effréné) et certaines de ses scènes à la fois froides et intenses mais surtout grâce à sa mise en scène et au jeu de ses nombreux acteurs (Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Jérémie Elkaïm) qui parviennent à faire de ce film une fiction criante de vérité.

C’est là toute la force du troisième long-métrage de Maïwenn qui, comme pour ses deux précédents films (Pardonnez-moi en 2006 et Le bal des actrices en 2009) sait trouver le juste équilibre entre la fiction et la réalité ; entre le film et le documentaire. Car le propos de Polisse ne réside finalement pas où l’on pense à priori le trouver : au travers de ces histoires sordides, d’autres plus personnelles émergent. Celles des policiers, de Nadine et son divorce, Fred et ses problèmes de couple ou encore Iris et son anorexie. Ces histoires viennent alimenter davantage le réalisme des séquences.

Maïwenn l’a très bien compris. Elle nous montre une fois encore que le cinéma permet d’effacer cette frontière entre le vrai et le faux.

Dès lors, la réalisatrice française réussit son pari. Celui d’emmener son spectateur avec elle, avec cette bande de flics, plus humaine que jamais. La musique d’ouverture nous revient en tête mais prend soudainement une toute autre dimension. On se dit alors que parfois non, décidément dans l’île aux enfants, ce n’est pas toujours le printemps, ni le pays des enfants heureux et des monstres gentils. Encore moins un paradis.

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