Cinéma

« Potiche », un film de François Ozon

En 1977, à Sainte-Gudule, une petite commune du Nord de la France, Suzanne (Catherine Deneuve) est une épouse popote et soumise, femme au foyer un peu potiche qui passe son temps à entretenir la maison et à écrire des poèmes d’une rare naïveté. Son mari Robert (Fabrice Luchini), un riche industriel, quinquagénaire réac et odieux avec ses employés, gère une petite entreprise familiale de parapluies. Avec leurs enfants Joëlle (Judith Godrèche), encore plus réac que son père et leur fils Laurent (Jérémie Renier), étudiant bobo à Sciences Po Paris, ils forment une famille traditionnelle de la petite bourgeoisie de l’époque.

À la suite d’une grève et d’une séquestration de son mari, Suzanne se retrouve à la tête de la direction de l’entreprise. Contre toute attente, cette mère de famille discrète et effacée va se révéler en parfaite femme d’affaires, bonne gestionnaire, plus tolérante et humaine avec le personnel et ses travailleurs. Mais lorsque son mari rentre d’une cure de repos en pleine forme, bien décidé à reprendre les reines de l’entreprise, une bataille familiale et de genre s’installe entre le couple…

Tout repeindre années 70 du sol au plafond dans un film sorti en 2010 peut s’avérer être un pari risqué. Mais Ozon ose tout et tout (ou presque) lui réussi. Après quelques réalisations un peu hasardeuses (Angel ou Ricky), François Ozon retourne à ce qu’il sait faire de mieux : la comédie dans un genre burlesque soigné et maitrisé, à l’image de Huit Femmes, sorti en 2001. Du revêtement vert ridicule du téléphone au survêtement rouge à trois bandes de Catherine Deneuve en passant par ses bigoudis sur son chignon crêpé et les zébrures orangées d’une tapisserie multicolore, Ozon nous plonge au cœur des Seventies et peaufine son décor, ses costumes et ses personnages. Judith Godrèche en Farrah Fawcett, plus drôle de dame que jamais. Karin Viard en secrétaire modèle, tirée à quatre épingles ou encore Gérard Depardieu en syndicaliste aigri (un pléonasme !) dont la coupe de cheveux à la Bernard Thibault nous font particulièrement rire. Chacun des personnages est étudié avec précision et justesse à l’instar de l’écriture du scénario. Rarement un film nous aura autant surpris par sa capacité à enchaîner les séquences grâce à quelques répliques bien senties (« Casse-toi pauvr’con ! ») et des phrases comiques et concises, toujours bien placées (Deneuve affublée d’énormes bijoux devant ses salariés, « Quoi ! C’est grâce à eux que je les ai ! »). Potiche n’observe aucun temps mort et jongle parfaitement entre les moments précipités dignes d’une comédie de boulevard (le film en est une adaptation libre du théâtre de Barillet et Grédy) et les rythmes plus mesurés des moments d’intimité entre les différents acteurs. Un exercice d’équilibriste maitrisé avec dextérité.

Mais le dernier film de François Ozon n’est pas qu’une simple comédie, c’est aussi un télescopage politique réussi entre les années 70 et notre époque contemporaine où l’on ne peut que reconnaître une certaine Ségolène Royal au moment de l’émancipation de Suzanne à la fin du film ou un clin d’œil à des références assumées de nos hommes politiques d’aujourd’hui (Fabius pour le « Mais qui va garder les enfants ? »). Pour autant, Potiche n’est pas un long-métrage militant qui s’inscrit dans une quelconque mouvance féministe mais davantage un film dont le regard corrosif sur notre société contemporaine dépeint l’idée d’une France avant-gardiste et progressiste encore bien ancrée finalement dans un conservatisme archaïque d’une époque vieille d’il y a quarante ans.

Avec un casting d’exception et une ambiance colorée, le Potiche de François Ozon nous évoque l’univers de Jacques Demy (comment ne pas y penser : Catherine Deneuve dans une entreprise de … parapluies !) et signe une comédie drôle, sémillante et chamarrée.

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