Orpheline depuis sa plus tendre enfance, Anna est une jeune fille solitaire qui supporte difficilement la compagnie des autres et déteste particulièrement les « réceptions », ces réunions de groupe obligatoires dans lesquelles elle se sent étouffer comme si les crises d’asthme dont elle souffre de plus en plus en étaient la cause évidente. Pour soigner sa maladie et sur les recommandations d’un médecin, ses parents adoptifs décident de l’envoyer un jour à la campagne pour passer l’été chez des proches dans un petit village au nord de Hokkaïdo (Japon). Là-bas, Anna découvre la Villa des Marais, une sublime maison qui lui procure une étrange réminiscence du passé alors qu’elle n’a jamais mis les pieds dans ce hameau isolé. Là-bas et pour la première fois depuis très longtemps, Anna se lie d’amitié avec une autre jeune fille prénommée Marnie.

Quatre ans après nous avoir enchanté avec Arrietty et son petit monde des chapardeurs, Hiromasa Yonebayashi est de retour au cinéma pour nous présenter son second long-métrage à un moment délicat dans la production de films d’animation au pays du Soleil-Levant. Il y a plusieurs mois, l’annonce de la fin du célèbre Studio Ghibli par ses pères fondateurs avait suscité un véritable tsunami, une immense vague d’émotion chez les aficionados de cette maison de production. Il faut dire que depuis presque trente ans maintenant, Hayao Miyazaki et Isao Takahata ont su laisser une telle empreinte dans notre imaginaire et dans le monde de l’animation que l’idée même que le Studio puisse disparaître est aussi effroyable qu’impensable.

Souvenirs de Marnie s’inscrit dans la digne lignée de ces héritiers. A plusieurs moments, on pense en effet aux longs-métrages de Miyazaki et Takahata à l’instar de Mon voisin Totoro (1988) ou Omohide poroporo (1991) dont les similitudes sont frappantes notamment au moment de l’arrivée d’Anna, jeune citadine vivant à Sapporo, dans la campagne nippone.

Malgré quelques imperfections comme une certaine mièvrerie un peu trop prononcée dans l’attitude de ses personnages (les promesses éternelles, les pleurs de la petite Anna ou encore la béatitude de Marnie), le film de Yonebayashi dégage une atmosphère particulière, mélange à la fois de beauté, de poésie et d’apaisement en communion parfaite avec une nature luxuriante et haute en couleur ; de véritables tableaux à l’image de celui peint par Hisako au bord du marais ou des dessins esquissés sur un calepin par la jeune Anna. Avec ses aspects mystiques, Souvenirs de Marnie prend une dimension quasi Hitchcockienne dans la manière d’aborder et de traiter son sujet. C’est judicieux : Yonebayashi parvient ainsi à faire oublier ses tics en tenant en haleine son spectateur du début jusqu’à la fin. Mais que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit en rien d’un thriller, le film est avant tout l’histoire d’une renaissance, celle d’Anna.

Que les plus sceptiques se rassurent : si le Studio Ghibli n’est pas éternel, le style singulier, cette patte si particulière qu’il a su créer au fil des années et que l’on reconnait au premier coup œil n’est pas prêt de s’éteindre à jamais. Il ne manque presque rien (quelques défauts à corriger dont seul le temps fera son oeuvre) pour que la chrysalide Yonebayashi fasse sa mue et puisse enfin dépasser ses maîtres.

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