Scène d’ouverture. Posée sur le tableau de bord de son taxi d’infortune, la caméra du réalisateur iranien filme une séquence ordinaire de la vie quotidienne rythmée par le ballet incessant des passants et des voitures qui s’entrecroisent. La vie suit son cours et, à priori, il n’y a rien d’anormal à ceci près que celui qui tient le volant n’est autre que Jafar Panahi lui-même, grimé d’un béret sur la tête et de grosses lunettes noires posées sur le nez.

La raison de ce déguisement est simple : depuis décembre 2010, Jafar Panahi est sous le sceau d’une condamnation à six ans de prison par le régime dictatorial iranien et a été interdit de tourner des films ou de quitter son pays natal pendant vingt ans.

Après Ceci n’est pas un film (2011) et Pardé (2013), Taxi Téhéran est le troisième long-métrage de Panahi tourné dans la clandestinité. A bord de son taxi, malgré l’interdiction, défilent des personnalités de la société civile iranienne qui luttent depuis des années contre le régime autoritaire en place. Au fil des minutes, on y découvre ainsi les affres de la répression silencieuse et de ses conséquences sur ceux qui la subissent : la loi de la charia qui impose le voile aux femmes et leur soumission tacite, les règles de conduite coercitives quand il s’agit de réaliser un court-métrage autorisé ou encore les films (d’auteurs) étrangers interdits qui se refilent sous le manteau, discrètement, là encore clandestinement.

Mais, au delà de la dimension politique et des questions que suscitent ce film, Taxi Téhéran est aussi un petit bijou de mise en scène. Sous ces airs de documentaire, le film est bien et avant tout une oeuvre de cinéma (d’ailleurs primé de l’Ours d’Or lors de la dernière édition de la Berlinale) ; une fiction où les individus qui vont et viennent dans le taxi de Panahi délivrer subtilement un message politique sont aussi des acteurs remarquables à l’image de la nièce du réalisateur iranien.

C’est ce côté docu-fiction qui donne au long-métrage tout sa force cinématographique. La barrière qui sépare la fiction de la réalité est parfois si mince que l’on en vient à se demander ce qui est vrai ou simplement joué. Cela donne un film à la fois drôle mais aussi bouleversant car derrière les lunettes noires, les faux-semblants et les situations comiques, se cache aussi une peur bien réelle que celle de tomber sous le joug de la répression d’Etat.

Avec Taxi Téhéran, Jafar Panahi signe un acte de résistance aussi fort et puissant que l’est son joli pied de nez à cette condamnation absurde.

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