Cinéma

« The Lobster », un film réalisé par Yórgos Lánthimos

C’est avec une excitation toute particulière que j’attendais le retour du réalisateur grec sur la Croisette pour présenter son nouveau film, sélectionné en compétition officielle du 68ème Festival de Cannes. Car avec Yórgos Lánthimos on est rarement déçu du résultat. Son cinéma est à l’image de celui d’un Haneke ou d’un Lars Von Trier : profondément malsain et dérangeant. Il appartient à cette catégorie de réalisateurs qui savent comme personne mettre mal à l’aise leurs spectateurs en les titillant au cœur de ce qui les touche le plus, leurs valeurs morales. À l’image de son second long-métrage – Canine – récompensé du Prix « Un Certain regard » en 2009, The Lobster perturbe et remue les tripes.

L’histoire se déroule cette fois-ci dans une société semblable à la nôtre, un futur proche où le célibat est interdit. Toute personne qui se trouve dans cet état est arrêtée et transférée dans un hôtel où elle dispose de quarante-cinq jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, si la personne est toujours célibataire, elle sera alors transformée en l’animal de son choix.

Avant même d’avoir vu le film, à la simple lecture de ce synopsis, on comprend déjà que l’on aura affaire à une oeuvre singulière. C’est là tout le sel des dystopies : elles ont le mérite de déformer une réalité et proposer une vision sombre et dangereuse de la manière dont nous vivons pour mieux faire ressortir nos vices et les travers de la société. Car même s’il n’est pas (encore) question d’être transformé en bête pour avoir fait le choix de rester célibataire ou de vivre autrement qu’en couple, The Lobster dénonce avec force et cynisme cette éternelle injonction sociale du bonheur à deux. Lánthimos structure un principe par l’absurde pour mieux critiquer une norme existante de notre époque. Cela donne un film particulièrement grinçant mais jubilatoire pour le spectateur car il est à la fois cruel et impertinent.

Divisé en deux parties, le long-métrage de Lánthimos tient toute sa promesse dans la première moitié du film au moment où les célibataires sont rassemblés à l’hôtel et doivent trouver leur alter ego. On assiste à des ballets de séduction hypocrite où les prétendants sont tétanisés à l’idée de finir en animal. La seconde partie qui se focalise davantage sur le groupe de résistants ayant fui dans les bois et plus précisément encore sur le couple formé à l’écran par Colin Farrell et Rachel Weisz perd de son acuité. On aurait aimé une approche plus globale que cette focalisation de l’histoire sur ces deux personnes. Le propos aurait gagné en pertinence si la virulente diatribe contre cette injonction normative avait perduré.

En dépit de cela, le Homard de Lánthimos reste un plat mitonné aux petits oignons, agrémenté d’un subtil mélange de sauvagerie et d’incongruité qui se déguste avec plaisir. Il mérite entièrement sa récompense, celle du Prix du jury du Festival de Cannes.

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