Et de trois ! A la manière d’un François Truffaut avec son personnage fétiche (Antoine Doinel interprété par Jean-Pierre Léaud), c’est la troisième fois qu’ Arnaud Desplechin lui convoque son Paul Dédalus au cours de sa filmographie. Après Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) en 1996 et Un conte de Noël en 2008, il apparaît d’abord sous les traits de Mathieu Almaric dans Trois souvenirs de ma jeunesse.

Anthropologue de formation, Paul quitte le Tadjikistan pour rejoindre la France et sa capitale où il doit travailler pour le ministère des Affaires étrangères. Mais un différend avec son passeport va l’amener à replonger dans ses souvenirs et son histoire personnelle. De son enfance violente à Roubaix à sa rencontre avec Esther (Lou Roy-Lecollinet) en passant par son voyage en Biélorussie à Minsk, Paul se remémore de tout, surtout de cette petite amie.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs pendant la 68ème édition du Festival de Cannes, seulement quelques jours avant sa sortie officielle dans les salles, on se demande encore pourquoi le film n’a pas été finalement retenu en compétition officielle. Il y mérite entièrement sa place. Organisé en trois parties (trois souvenirs), ce nouveau long-métrage de Desplechin ne commence pourtant pas sous les meilleurs auspices : l’introduction sur son arrestation puis l’enchaînement sur son enfance à Roubaix et ce petit périple en URSS ont l’art de plomber le film dès son commencement.

Mais la patience est mère de toutes les vertus et l’attente en vaut ici la chandelle. Il faut patienter jusqu’au troisième acte pour voir Trois souvenirs de ma jeunesse prendre véritablement son envol, au moment où Mathieu Almaric se souvient de son adolescence. Quentin Dolmaire entre alors en scène pour jouer le rôle de Paul Dédalus et c’est une véritable révélation. Pour une première au cinéma, il incarne avec brio et ferveur un adolescent au passé difficile mais à la fureur intacte de vivre. Sa voix est ce qui interpelle le plus : une intonation à la Sacha Guitry et un son que l’on croirait sorti tout droit d’un transistor des années 50. Quand Paul rencontre Esther, le film détone enfin.

Dès lors, Arnaud Desplechin nous embarque avec lui dans une romance entre deux adolescents qui vont passer plusieurs années à se chercher. Elle à Roubaix, lui à Paris pour ses études et entre eux-deux de nombreux allers-retours faits de passion et d’étreintes charnelles, de bavardages et de verbosité, de disputes et de petites ruptures. A travers cette histoire, le réalisateur français donne non seulement à voir les méandres d’une relation amoureuse entre deux personnes mais surtout leur incapacité à la vivre.

Trois souvenirs de ma jeunesse est un film lumineux où le romanesque de Paul et Esther se mêle à l’image léchée, parfois presque picturale, de la caméra de Desplechin et à l’atmosphère terriblement mélancolique dans laquelle il nous plonge pendant près de deux heures.

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