Cinéma

« Un ange à ma table », un film de Jane Campion

Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 1990, Un ange à ma table est le second long-métrage de Jane Campion. C’est avec ce film que la réalisatrice néo-zélandaise a commencé à se faire connaître sur la scène internationale un an seulement après avoir présenté son premier film – Sweetie – en compétition officielle au 42ème Festival de Cannes.

Fascinée par le parcours de vie singulier et le talent d’écriture de Janet Frame alors encore inconnue, Jane Campion décide d’adapter au cinéma les trois autobiographies – Ma terre, mon île (1982), Un ange à ma table (1984) et Le messager (1985) – pour faire connaître l’auteure néo-zélandaise au grand public. « L’analyse sincère que Janet Frame a faite de son enfance et de sa vie m’a poussée à réexaminer la mienne et je me suis rendue compte que plusieurs souvenirs douloureux et amusants, revisités à la lumière du courage et de l’honnêteté de Janet, ne m’ont pas semblé aussi laids et embarrassants » raconte Jane Campion au moment de la sortie en salles du film.

Issue d’une famille ouvrière de cinq enfants, Jean Frame (qui préfère se faire appeler « Janet ») a grandi à Dunedin, une ville située au sud de la Nouvelle-Zélande, dans les années 1920. La jeune Frame au physique atypique se distingue rapidement de ses frères et sœurs en s’intéressant dès son plus jeune âge à la littérature et à la poésie. Janet veut devenir poète, elle deviendra institutrice. Mais son hypersensibilité et sa timidité maladive l’isolent progressivement des autres et l’empêchent de vivre normalement. Une tentative de suicide et Janet Frame tombe en dépression. Elle est internée dans un hôpital psychiatrique dans lequel elle restera enfermée pendant huit ans et au cours desquels elle subira plus de 200 électrochocs. Diagnostiquée comme schizophrène par les médecins, Janet Frame mène un combat violent contre les autres et contre elle-même pour pouvoir s’en sortir. C’est grâce à la littérature, aux voyages et aux différentes rencontres qu’elle fera au cours de son existence que l’écrivaine néo-zélandaise parviendra à maîtriser ses peurs et ses angoisses.

C’est cette histoire de vie que le film de Jane Campion retrace à l’écran pendant plus de deux heures et demie. Malgré quelques longueurs, Un ange à ma table est un film poignant et bouleversant, à la fois juste et délicat, sensible mais sans aucune sensiblerie où Kerry Fox incarne magistralement une Janet Frame au bord du gouffre.

On retrouve ici les thèmes chers à la réalisatrice néo-zélandaise comme le désir féminin ou la quête existentielle. Un ange à ma table donne aussi à voir un autre portrait de femme en lutte contre ses propres démons et contre des règles normatives d’une société dans laquelle elle ne se reconnait pas. C’est cette lutte de tous les instants qui est bouleversante et qui fait naître un sentiment d’empathie sincère chez le spectateur.

Avec Un ange à ma table, Jane Campion signe un film d’une grande humanité. C’est aussi une invitation à la réflexion sur la véracité de certains diagnostics médicaux et des soins apportés parfois aux patients ; sur notre propre existence, notre manière de vivre et de percevoir les choses qui souvent manquent cruellement de recul et de poésie.

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