Il y a des films avec lesquels il faut savoir s’abandonner. Lâcher prise pour mieux les apprécier, ne pas chercher à les décortiquer et vouloir tout comprendre car une approche rationnelle est, dans ce cas, le meilleur moyen de passer complètement à côté. Valley of Love, le nouveau long-métrage de Guillaume Nicloux qui lui a valu une sélection en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes, fait indéniablement partie de cette catégorie.

Il est de ce genre de films qui vous hypnotise dès les premières minutes par son atmosphère singulière et son étrange petite musique, celle de Charles IvesValley of Love est un film qui fait appel avant tout à vos émotions et vos sensations. Ici, l’effet est accentué par le côté ésotérique du scénario, la splendeur des paysages désertiques de la Vallée de la Mort et sa chaleur accablante qui fait transpirer à grosses gouttes ; par la performance indiscutable aussi de ces deux monstres sacrés du cinéma français. Le film n’aurait évidemment pas eu la même intensité et la même force de frappe si il avait été interprété par d’autres acteurs que Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

Il suffit de jeter un œil à l’affiche du film pour comprendre que celui-ci repose avant tout sur leur nom respectif. Guillaume Nicloux prend d’ailleurs un malin plaisir à s’amuser avec la chose : dans Valley of Love, Huppert se prénomme Isabelle et Depardieu Gérard. Trente-cinq ans après Loulou (1980) de Maurice Pialat, les deux se retrouvent à l’écran pour former et jouer un couple d’acteurs divorcés devant affronter ensemble le suicide de leur fils Michaël survenu six mois plus tôt. Dans un jeu de piste macabre, ce dernier leur a laissé une lettre à chacun dans laquelle il leur donne rendez-vous dans cet endroit lunaire et hors-du-temps de la Californie pour un voyage initiatique, celui de leurs retrouvailles.

Comment affronte t-on la mort de son enfant quand on a l’impression de ne pas avoir été à la hauteur de ses responsabilités de parent ? Comment supporter l’échec de son couple et les regrets d’une relation terminée ? A qui, à quoi se rattacher quand on n’a plus rien à s’attacher ? A l’image de cette mère magistralement incarnée par Isabelle Huppert, Valley of Love soulève des questions aussi poignantes que déchirantes. Grâce à un montage parfait et une esthétique soignée, Guillaume Nicloux signe un dixième long-métrage à la fois étrange et mystérieux mais surtout profondément bouleversant.

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