On craignait le pire : en voyant la bande-annonce du nouveau film d’animation des studios Pixar, on s’attendait déjà à voir une pâle copie de ce que les producteurs américains ont fait de pire ces dernières années au cinéma pour remplir les caisses (pourtant abondantes) du distributeur Disney.

La part de magie et de mélancolie qui habitait un Toy Story, Le Monde de Nemo ou WALL-E et faisait la réputation de ces studios aurait-elle disparu à jamais ? C’était sans compter sur le talent de Pete Docter (à qui l’on doit aussi le sublime Là-haut) pour redorer le blason de la maison Pixar.

Exit donc les déclinaisons répétitives de Cars ou Monstres & Cie, on retrouve avec Vice-Versa ce que cette maison sait faire de mieux : nous emmener dans un univers singulier et bigarré tout en sachant allier subtilement plusieurs niveaux d’analyse et de réflexion pour toucher un large public, aussi bien les enfants que les adultes.

La réussite du film tient à la fois à l’originalité du scénario et à sa mise en scène. Après une séquence musicale qui narre l’histoire d’un amour contrarié entre deux volcans, le spectateur est plongé dès les premières minutes du film dans la tête de la petite Riley et de la fabrique de ses émotions. Si la joie est le sentiment qui domine la personnalité de la jeune fille, la peur, la colère, le dégoût et la tristesse feront très vite leur apparition. A 11 ans, Riley subit un bouleversement majeur dans sa jeune existence : le déménagement de sa famille des terres froides et enneigées du Midwest pour rejoindre les plateaux arides de la Californie et de San Francisco. Un changement radical synonyme de perturber les émotions de la petite fille.

Ici, la façon de représenter à l’écran le travail d’archivage et de destruction de nos souvenirs par nos émotions est une pépite d’inventivité. Entre les îles de la personnalité, le train de la Pensée et la Mémoire à long terme, Vice-Versa est un voyage intense et passionnant, une plongée au cœur de la psyché de l’être humain. Au moment où l’on s’y attend le moins, surgit toujours une idée pertinente et une petite trouvaille qui, à chaque fois, fait mouche. Comme cette hybridation des sentiments qui apparaît dans la tête de la petite Riley alors aux portes de l’adolescence et qui élargit le panel de ses émotions. En quittant le monde de l’enfance, la jeune fille abandonne ses émotions binaires pour en ressentir de nouvelles où la joie et la tristesse habitent désormais un même souvenir.

A l’instar du film d’animation japonais de Keiichi Hara – Colorful – sorti en 2010, c’est en mariant les couleurs de nos émotions que Pete Docter parvient à démontrer avec brio et intelligence la manière complexe et aléatoire dont se forge la personnalité d’un individu au grès des événements qui jalonnent son parcours de vie.

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