Arts

Vivian Maier, de l’ombre à la lumière

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Artiste méconnue jusqu’à sa mort, la photographe de rue Vivian Maier est apparue aux yeux du monde en 2007, par hasard, au lendemain d’une vente aux enchères. Depuis, ses clichés sont exposés aux quatre coins de la planète, des livres retracent son parcours hors du commun et un film – A la recherche de Vivian Maier (2013) – lui a même été consacré.

À l’heure d’Internet et sa diffusion instantanée, où chacun cherche son quart d’heure de célébrité warholien et expose les moindres détails de sa vie privée sur les réseaux sociaux, on a du mal à imaginer aujourd’hui des personnes désireuses de garder leurs productions artistiques pour elles-mêmes. C’est pourtant ce qu’a fait Vivian Maier tout au long de son existence.

Née le 1er février 1926 à New-York, cette américaine qui a passé une partie de son enfance en France avant de retourner aux Etats-Unis à la fin des années 30 n’a jamais fait de son art – la photographie – un métier. Vivian Maier s’occupait des enfants des autres. Elle était nourrice plus par nécessité financière que par vocation professionnelle. Femme discrète, solitaire et timide, elle n’en était pas moins une artiste de génie, dotée d’un talent remarquable pour la photographie.

Au début des années 50, Vivian Maier fit l’acquisition d’un appareil professionnel avec lequel elle réalisa des centaines de photos capturant ainsi des instants précieux, des portraits saisissants, pris sur le vif au détour des rues de New-York et Chicago, deux villes où elle y a passé la plupart de son existence. Certains de ses clichés sont si captivants qu’ils donnent la sensation d’être devant un tableau plutôt qu’une photographie. À l’image de cette femme qui déambule à travers une allée ornée de colonnes et dont le reflet s’aperçoit dans une vitre à côté. La prise est parfaite. On croirait voir l’oeuvre du peintre américain d’Edward Hopper.

Témoin silencieux d’une époque historique – l’Amérique d’après-guerre et sa sombre période ségrégationniste – Vivian Maier a photographié les personnes que l’on ne voyait jamais (parce qu’on ne voulait pas les voir) : ces Noirs, ces immigrés, ces marginaux, ces pauvres, ces classes moyennes et populaires. Tous apparaissent sur les photos de Maier et donnent à voir un autre visage de l’Amérique des années 50-60, plus authentique que le strass et paillettes des starlettes hollywoodiennes qui faisaient la Une des journaux de l’époque.

Mais ces clichés rares personne ne les verra à cette époque. Pas même son auteur. Parce qu’elle ne disposait pas de ressources financières suffisantes pour se consacrer davantage à son art, Vivian Maier n’a développé seulement que quelques clichés des 120 000 photos prises. Il aura fallu attendre 2007 et la découverte fortuite de ses pellicules mises au rebut dans un garde-meuble depuis de nombreuses années pour découvrir l’oeuvre hors norme de cette artiste américaine.

Âgée, malade et en grande difficulté financière, Vivian Maier ne pouvait plus s’acquitter de ses impayés. Ses bobines sont soumises à une vente aux enchères, principalement acquises par John Maloof, un jeune agent immobilier à la recherche de photographies pour illustrer un livre qu’il a coécrit sur le quartier de Portage Park. En examinant les négatifs, Maloof est saisi par la beauté des clichés réalisés et prend conscience de l’importance de son acquisition. Avec l’aide d’un professeur d’art, il tente de retrouver le moindre indice, la moindre trace de l’auteur de ces photographies. C’est seulement deux ans plus tard, en avril 2009, qu’il découvre sur l’enveloppe dans un des cartons achetés pendant cette vente aux enchères le nom de Vivian Maier. Une recherche rapide sur Internet et John Maloof aperçoit son nom dans les colonnes nécrologiques du Chicago Tribune : Vivian Maier est décédée quelques jours plus tôt, le 20 avril 2009.

C’est une histoire aussi tragique que cruelle pour un artiste de ne pas voir son travail reconnu par les autres. On aurait aimé connaître Vivian Maier de son vivant. Ce sera finalement à titre posthume et de façon singulière : la mort ajoute toujours un peu plus de mystère à une histoire romanesque.

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