Cinéma

« Wonder Wheel », un film de Woody Allen

À Hollywood, comme partout ailleurs dans le monde, il y a certaines choses qui changent et d’autres qui paraissent immuables. Comme le fleuve qui coule le long de son lit, les films de Woody Allen semblent définitivement appartenir à cette seconde catégorie. La recette est connue, le décor est planté : dans une ambiance feutrée, un univers presque douillet (s’il ne cachait pas tant de cruauté), une petite musique jazzy vient rythmer le long-métrage et une typographie (la police Windsor) dessiner à l’écran les génériques de début et de fin.

Wonder Wheel ne déroge pas à cette règle. Cette fois, le réalisateur américain a fait un bond dans le passé pour se retrouver au cœur de l’Amérique des années 50 dans un endroit qu’il affectionne particulièrement, un parc d’attractions situé à Coney Island, au sud de Brooklyn dans la ville de New-York. Là-bas, Kate Winslet y incarne une serveuse neurasthénique (Ginny), ancienne comédienne ratée, qui a refait sa vie avec Humpty Rannell (James Belushi), opérateur de manège dans ce parc. Ensemble, ils élèvent le jeune pyromane Richie (Jack Gore), fils que Ginny a eu de son premier mariage. La tranquillité familiale est un jour ébranlée par la rencontre de Ginny avec le beau et sémillant Mickey Rubin (Justin Timberlake), maître-nageur aspirant à devenir dramaturge, et le retour de Carolina Adato (Juno Temple), la fille de Humpty qui avait quitté son père cinq ans auparavant après s’être mariée à un jeune gangster.

Comme dans la plupart des films de Woody Allen, ce qui frappe avant tout c’est l’univers dans lequel le réalisateur nous embarque à chaque fois. Ici, au beau milieu de ce parc d’attractions new-yorkais, la photographie a été particulièrement travaillée. Les décors sont authentiques et la lumière (notamment sur le personnage de Ginny) est magnifique. Ils viennent sublimer un excellent choix d’acteurs à l’image de Kate Winslet qui porte le film comme pouvait le faire avec autant de talent Cate Blanchett dans Blue Jasmine, Emma Stone dans L’homme irrationnel ou encore Kristen Stewart dans Café Society.

C’est peut-être là que l’on reconnait la grandeur du réalisateur : derrière sa caméra, Woody Allen magnifie le jeu de ces acteurs (et surtout actrices) en mettant en scène avec maestria une confusion des sentiments et des émotions où la beauté du lieu vient se heurter à la tragédie humaine, faite de violence et de trahison. Un scénario bien ficelé, cruel et cynique comme souvent dans un bon film de Woody Allen mais profondément empathique car chacun peut facilement se reconnaître dans les névroses de cette pauvre Ginny.

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