Cinéma

« Yves Saint Laurent », un film de Jalil Lespert

Ne s’attaque pas qui veut au biopic, cet ovni cinématographique. La liste des films de ce genre est longue : ils sont nombreux à s’y être déjà essayés à l’instar d’Antoine de Caunes (Coluche, l’histoire d’une mec – 2007), Anne Fontaine (Coco avant Chanel – 2009) ou encore Florent Emilio Siri (Cloclo – 2012), peu sont parvenus à réussir leur pari.

Adapter au cinéma la vie d’une personnalité publique – qui plus est célèbre sur la scène internationale – n’est jamais une entreprise facile. Difficile de trouver un juste équilibre entre le scénario d’une vie que l’on ne choisit pas et la liberté d’adaptation et d’interprétation d’un réalisateur qui court le risque de s’engluer dans un genre documentaire ennuyeux dont le grand écran n’est pas forcément la forme la plus adaptée.

Avec Yves Saint Laurent, Jalil Lespert évite l’enlisement dans le bourbier des films biographiques en focalisant son attention non pas sur le parcours artistique du couturier français mais sur son histoire d’amour passionnelle, violente et intense avec Pierre Berger. Si les défilés de mode, les robes et les ateliers sont bien présents, ils ne sont relégués qu’au second plan. La relation qui unit les deux hommes est mise en avant et on découvre qu’elle en est même le moteur de la création, de l’approche moderne et iconoclaste de Saint Laurent.

« Il est né avec une dépression nerveuse » disait souvent Pierre Berger à propos du couturier. Dans son long-métrage, Jalil Lespert souligne aussi cet aspect important, celui de la personnalité complexe et torturée d’un homme qui doit en permanence affronter ses névroses et apprendre à vivre avec ses obsessions. Peu importe finalement qu’il s’agisse d’Yves Saint Laurent, c’est en abordant des thématiques comme celles-ci, plus universelles où chacun peut s’identifier facilement que Lespert parvient à tirer son épingle du jeu.

A la difficulté de l’adaptation s’ajoutent deux autres dimensions. La première est celle de l’interprétation de l’acteur qui doit parvenir à incarner le personnage principal sans le singer, d’autant plus quand il s’agit comme ici d’un couple hors du commun. Le réalisateur français a su réunir un duo d’acteurs exceptionnel en la personne de Pierre Niney et Guillaume Gallienne. Prenons le pari que le pensionnaire et le sociétaire de la Comédie Française décrocheront respectivement au moins une nomination à la prochaine cérémonie des César pour leur interprétation.

La seconde (dimension), moins évidente mais tout aussi importante, est celle de la concurrence. En 2011, nous avions déjà eu l’exemple risible des remakes (ratés) du film d’Yves Robert – La Guerre des Boutons – avec une double sortie à seulement une semaine d’intervalle. Cette année, quelques mois séparent la sortie du Yves Saint Laurent de Jalil Lespert de celui de Bertrand Bonello. A défaut d’avoir vu le film du réalisateur de l’excellent L’Apollonide, souvenirs de la maison close, gageons que dans le parcours déjà miné du biopic ceux sur le célèbre couturier français ne finissent pas en nouvelle… guerre de boutons ! D’ici là, Jalil Lespert peut se féliciter de sa réalisation.

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